Shoah en Norvège

crimes commis contre les Juifs en Norvège sous l'occupation du Troisième Reich De Wikipédia, l'encyclopédie libre

Shoah en Norvège

Dans le cadre de la Shoah en Norvège durant l'occupation de la Norvège par le Troisième Reich, 759 juifs sont déportés en 1942 et 1943 avec l'accord et la participation du gouvernement de collaboration dirigé par Vidkun Quisling[1],[2]. La plupart des déportés trouvent la mort à Auschwitz.

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Liste des objectifs de la conférence de Wannsee
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Mémorial au cimetière juif de Trondheim.

Plusieurs historiens ont souligné le contraste entre la Norvège et le Danemark, où la déportation des juifs a été activement combattue par la population[3].

Contexte

En 1851, la Constitution norvégienne est amendée : l'interdiction faite aux juifs d'entrer sur le territoire norvégien est supprimée de l'article 2 (no)[4]. La Norvège accueille dès lors une communauté juive qui s'élève à environ 1 800 individus en 1939, principalement dans les deux plus grandes villes du pays, Oslo et Trondheim[5].

Dans les années 1930, l'antisémitisme est principalement représenté sur la scène politique par le Nasjonal Samling, fondé en 1933 par Vidkun Quisling. Il ne s'agit cependant que d'un parti de niche, qui réalise des scores très faibles aux élections nationales comme locales.

Chronologie

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Graffiti antisémite à Oslo en 1941.
  •  : À la demande de Wilhelm Rediess, le ministre de la Police Jonas Lie ordonne que les cartes d'identité des juifs soient tamponnées d'un « J ». Le Nasjonal Samling entame un recensement de la population juive du pays[6].
  •  : Gerhard Flesch ordonne l'arrestation de tous les juifs de sexe masculin âgés de plus de 14 ans dans la région de Trondheim[7].
  •  : Début de l'arrestation de tous les juifs de sexe masculin du pays, réalisée conjointement par les forces de police norvégiennes et allemandes. Le gouvernement Quisling légifère la confiscation des biens de la population juive[1]. Environ 300 juifs sont arrêtés et internés à Berg durant la première semaine d'arrestations[8].
  • 25- : Les arrestations s'étendent à tous les juifs, incluant femmes et enfants[1]. Le SS Donau transporte 532 juifs de la région d'Oslo jusqu'à Stettin, d'où ils sont envoyés à Auschwitz[9].
  •  : Le MS Gotenland transporte 158 juifs de la région de Trondheim et du nord du pays à travers la Baltique[10].

Arrestations et déportations

Camps de concentration en Norvège

Fuite

Résistance

La Résistance norvégienne vient en aide aux juifs qui cherchent à s'enfuir vers la Suède neutre, à travers des opérations comme le Carl Fredriksens Transport (en). Entre 925[1] et 930[10] parviennent à franchir la frontière. Les autorités suédoises tentent également de naturaliser autant de juifs norvégiens qu'elles le peuvent. En , elles obtiennent que soixante-quatre juifs ayant contracté des mariages mixtes soient libérés du camp où ils étaient enfermés en Norvège et envoyés en Suède[10].

42 Norvégiens sont reconnus comme Justes parmi les nations[11].

Responsabilités et procès d'après-guerre

Résumé
Contexte

Confiscation des biens et compensation

En mai 1995, le quotidien Dagens Næringsliv publie un article sur les pertes financières subies par la communauté juive norvégienne durant l'occupation. Il révèle par exemple le fait qu'une grande partie des biens confisqués aux propriétaires juifs ne leur ont pas été correctement restitués après la guerre, à eux et à leurs descendants[12]. En réponse à la médiatisation, le ministre de la Justice forme une commission le 29 mars 1996[13] pour enquêter sur ce qu'il est advenu de ces biens. Le rapport remis au ministère en juin 1997 arrive à la conclusion suivante : les pertes sont estimées à 108 millions de couronnes norvégiennes[14], mais l'opinion des membres minoritaires indique que les pertes seraient plus importantes, car il faut prendre en compte les évènements autour et les effets de la perte des biens[15].

Après la publication du rapport, le gouvernement présente des excuses publiques et décide d'entamer un processus de compensation financière. En 1998, il propose une compensation de 445 millions de couronnes, avec une restitution collective et individuelle. La proposition est adoptée par le Storting le 11 mars 1999[16]. La partie collective, de 250 million de couronnes, est divisée en trois parties : 150 millions pour soutenir la culture et la communauté juive en Norvège, 60 millions pour soutenir le développement, en dehors de la Norvège, des traditions et de la culture que les nazis voulaient éradiquer, et 50 millions pour le Centre d'étude sur l'Holocauste et les minorités religieuses (en). La partie individuelle est de 200 millions, pour les survivants et leurs descendants[17].

Mémoire

Résumé
Contexte

Recherche et souvenir

Depuis 2002, la Norvège commémore la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, qui a lieu le 27 janvier[18]. Elle devient membre de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste en 2003[19].

Fondé en 2001, le Centre d'étude sur l'Holocauste et les minorités religieuses (en) travaille sur l'Holocauste. Il possède aussi un centre de documentation et des expositions ouvertes au public[20]. Le Centre Falstad (en), situé sur l'ancien camp de concentration du même nom, est établi et 2000 et ouvre en 2006. Un musée, construit en 1985, est associé au centre[21].

Le musée juif d'Oslo et le musée juif de Trondheim proposent également des expositions et des collections en lien avec le sort des juifs norvégiens durant la Seconde guerre mondiale[22],[23].

Monuments et plaques

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Stolpersteine pour la famille Caplan à Tromsø.

Dans le cimetière près de l'église Veøy de Sølsnes, une pierre commémorative célèbre la mémoire de quatre réfugiés juifs tchécoslovaques déportés à Auschwitz en 1943[24]. Un mémorial est érigé dans le cimetière juif de Trondheim[25].

Des snublesteiner (stolpersteine, pierres sur lesquelles on trébuche) sont installées dans de nombreuses rues norvégiennes, devant les maisons où des victimes de l'Holocauste vivaient avant leur déportation[26],[27].

Le « Site du souvenir » (Stad for erindring), mémorial installé en 2000 à l'extérieur de la forteresse d'Akershus à Oslo et constitué de huit chaises vides en acier, est classé comme protégé en 2022[28]. Dans un parc près de la station de métro Carl Berners plass, un lieu commémore l'opération de sauvetage connue sous le nom de code Carl Fredriksens Transport (en)[29].

Excuses publiques

En 2012, à l'occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg prononce un discours dans le port d'Oslo, où ont embarqué le 26 novembre 1942 532 juifs sur un bateau à destination de camps de concentration nazis. Il reconnait officiellement le rôle de la police norvégienne dans la déportation des juifs[30].

La même année, le commissaire de la police nationale, Odd Reidar Humlegård (en), déclare au journal Dagsavisen : « Je souhaite, au nom de la police norvégienne et de ceux qui ont participé à la déportation des Juifs norvégiens vers les camps de concentration, présenter mes excuses. »[31]

En 2015, le responsable des relations publiques des Chemins de fer norvégiens, Åge-Christoffer Lundeby, déclare : « Le transport des Juifs destinés à la déportation et l’utilisation de prisonniers de guerre sur la ligne du Nordland constituent un chapitre sombre de l’histoire de la NSB.»[32]

Dans la littérature et les arts

Le premier livre sur la persécution et la déportation des Juifs de Norvège est publié en 1949 par Moritz Nachsternles sous le nom de Falskmyntner i blokk 19 (Faux-monnayage dans le bloc 19). Il est republié ultérieurement sous le titre Falskmynter i Sachsenhausen[33]. En 1976[34], ce sont le livre d'Herman Sachnowitz, Det angår også deg[35] (Cela vous concerne aussi) et la série américaine Holocaust, sortie deux ans plus tard, qui attirent l'attention du public norvégien sur la question.

En 2003, Espen Søbye publie Kathe, alltid vært i Norge, la biographie de Kathe Lasnik[36], une jeune fille juive déportée et assassinée à 15 ans à Auschwitz. En 2017, il est désigné deuxième meilleure biographie norvégienne publiée après 1945 et, en 2018, est sélectionné parmi les dix meilleurs ouvrages de non-fiction scandinaves des années 2000[37]. Le livre est traduit en anglais en 2019 sous le titre de Kathe - Always Been in Norway.

Sorti en 2020, le film Den største forbrytelsen (en anglais : Betrayed (en)) raconte l'histoire vraie du boxeur norvégien Charles Braude et de sa famille, arrêtés et dont certains membres sont assassinés à Auschwitz.

Notes et références

Annexes

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