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roman autobiographique inachevé de Stendhal De Wikipédia, l'encyclopédie libre
Vie de Henry Brulard est une œuvre autobiographique inachevée de Stendhal, pseudonyme de Henri Beyle. Il y évoque ses amours, ses aspirations, son enfance, ses parents, ses études à l'école centrale de Grenoble[1]. C'est, à côté du Journal et de Souvenirs d'égotisme, l’œuvre autobiographique la plus importante de Stendhal.
Vie de Henry Brulard | |
Stendhal: Vie de Henri Brulard, Edition de Henry Debraye, T2, 1913 | |
Auteur | Stendhal |
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Pays | France |
Genre | Autobiographie |
Date de parution | posthume |
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Écrite en 1835-1836, elle ne fut publiée qu’en 1890 par Casimir Stryienski. Le titre fait allusion au véritable patronyme de Stendhal, modifié par refus du nom paternel et goût des pseudonymes.
Devant San Pietro in Montorio, Rome à ses pieds[N 1], à l’orée de ses cinquante ans, Stendhal repense à sa vie et rêve à ses amours. « Après tout, me dis-je, je n’ai pas mal occupé ma vie, occupé ! Ah ! c’est-à-dire que le hasard ne m’a pas donné trop de malheurs, car en vérité ai-je dirigé le moins du monde ma vie[2] ? »
Si Stendhal se lance dans le récit c’est avant tout pour se connaître lui-même : « Le soir en rentrant assez ennuyé de ma soirée de l'ambassadeur je me suis dit : je devrais écrire ma vie, je saurai peut-être enfin, quand cela sera fini dans deux ou trois ans, ce que j'ai été, gai ou triste, homme d'esprit ou sot, homme de courage ou peureux, et enfin au total, heureux ou malheureux, je pourrai faire lire ce manuscrit à di Fiori[3],[N 2]. »
Tout en commençant son récit, il réalise le risque de tomber dans l’égotisme : « Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi ! Il y a de quoi donner de l'humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait, au talent près, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes[3]. » S’il n’est pas sûr d’éviter cet écueil, il poursuit, fidèle à son beylisme, pour la jouissance que l’écriture lui procure : « A vrai dire, je ne suis rien moins que sûr d'avoir quelque talent pour me faire lire. Je trouve quelquefois beaucoup de plaisir à écrire, voilà tout[4]. » Avec l’espoir cependant d’être lu un jour par des êtres aimés constituant une sorte d’élite morale, les « happy few » : « Mes Confessions n’existeront donc plus trente ans après avoir été imprimées, si les Je et les Moi assomment trop les lecteurs ; et toutefois j’aurai eu le plaisir de les écrire, et de faire à fond mon examen de conscience. De plus, s’il y a succès, je cours la chance d’être lu en 1900 par les âmes que j’aime, les Madame Roland, les Mélanie Guilbert, les…[5] »
Il ne prétend cependant aucunement faire une œuvre objective et impartiale. Il n’est pas un froid observateur de son existence : à chaque page bouillonne la colère contre ceux qui l’ont fait souffrir pendant son enfance.
Pour se connaître, Stendhal va réaliser une véritable généalogie du Moi. Ce n’est plus par la notation des faits quotidiens narrés sur le moment, comme dans son Journal', mais par une « archéologie du Moi » que Stendhal veut travailler. Il va rechercher dans son enfance la source de ses traits de caractère :
Cette généalogie du moi repose sur des souvenirs qui ne constituent pas une suite d’évènements mis bout à bout, mais des sensations qui ont un aspect profondément visuel, marqué par des expressions récurrentes avant l'évocation d'un souvenir, comme « je vois », mais surtout, par la présence massive de croquis dans le manuscrit de la Vie de Henry Brulard. Plusieurs passages tentent d’échapper à l’appréciation subjective ; c’est le cas lorsque le narrateur évoque la mort de sa mère : « Elle périt à la fleur de la jeunesse et de la beauté en 1790, elle pouvait avoir vingt-huit ou trente ans ». Selon Monique Schneider, Stendhal cherche par là à « capter directement l’expérience ressentie »[9].
Stendhal ne représente pas le passé comme monolithique mais insiste sur le cheminement difficile de la mémoire : il explique ainsi au chapitre 13 que, parfois, des pans entiers de souvenirs lui manquent.[citation nécessaire]. Au chapitre 45, il évoque la possible substitution à ses souvenirs d'images vues après coup ou de récits qui lui ont été faits. Souvent commentés par Claude Simon, ces troubles mémoriels sont nommés « syndrome de Brulard » par le critique Dominique Viart.
Comme pour toute production verbale une étude des procédés d’écriture de la Vie de Henry Brulard est possible. Elle est même nécessaire si on ne veut pas réduire cette œuvre à une psychanalyse.
Une des grandes questions est celle des propriétés du genre auquel appartient la Vie de Henry Brulard. La grande caractéristique de l’autobiographie est qu’elle repose sur une sorte de « pacte autobiographique » pour reprendre l’expression de Philippe Lejeune. Stendhal cherche ainsi, dès le premier chapitre, à établir une relation de confiance entre lui et son lecteur, en affirmant sans cesse sa volonté d’atteindre la vérité et d’éviter tout artifice.
En outre, il faut que le lecteur sache que l’auteur a effectivement voulu écrire une autobiographie – les déclarations d’intentions de l’auteur ne suffisent pas. L’autobiographie ne se distingue pas par des propriétés formelles (dans une fiction le narrateur peut affirmer la véracité des faits rapportés) mais par le fait que l’auteur et le lecteur croient que l’autobiographie tente d’avoir une valeur référentielle (elle ne fait que le tenter : l’auteur peut avouer pouvoir se tromper involontairement, ce que fait d’ailleurs Stendhal).
L’autobiographie se laisse comprendre uniquement si on intègre des concepts venant de la « pragmatique » : elle repose sur une certaine attente (attente de rapporter des faits véridiques) qu’elle provoque chez le lecteur.
Vie de Henry Brulard s’arrête en 1800, et selon Dominique Sels, « une telle borne à ce récit autobiographique n’en fait pas un récit inachevé, puisque ce qui était le narrateur meurt et se déleste de son propre “ cadavre ”. Un autre naît, construit grâce à “ l’échafaudage ” très dynamique des mathématiques, échafaudage remisé une fois qu’il a servi à l’éveil du cerveau, au voyage de Grenoble à Paris, et à la mue »[10].
On peut faire un rapprochement entre certains thèmes de l’œuvre et une psychanalyse (complexe d’Œdipe) : surtout, c’est avec l’idée selon laquelle l’enfance explique tout que Stendhal semble pouvoir passer comme un Freud avant l’heure[11].
Il y déclare en effet : « (À six ans) j'étais amoureux de ma mère. […] Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu'il n'y eût pas de vêtements. Elle m'aimait à la passion et m'embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu'elle était souvent obligée de s'en aller. J'abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers ».
Pourtant, l'influence de certains spécialistes poussent à la remise en cause de la lecture freudienne de la relation entre Stendhal et ses parents. Notamment au travers de cette question d'amour maternel, une nuance est apportée par Philippe Berthier grâce à l'apport de la notion d'Eros dans l'œuvre stendhalienne, qui repousserait toute notion d'amour physique à propos de sa mère.
Ce livre apporte un témoignage historique de première main sur son époque, en particulier sur Grenoble et Claix (où le père de Stendhal avait une propriété) à la fin du XVIIIe siècle. Stendhal enfant fut en particulier spectateur de la Journée des Tuiles. On y retrouve aussi la description de l'Hôtel de Castries à Paris que l'auteur fréquenta[12] ainsi que du jardin de ville de Grenoble.
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